Carnet de route

La Chanson de Roland

Le 16/05/2016 par Labouly Guillaume

"Suivre Roland jusqu'à la brèche de Roland est néfaste" disaient les superstitieux. Les événements leur ont peut-être donné raison. Mais quel combat mythique nous menâmes! Jamais Roland ne fit montre de faiblesse, et toutes les peurs et autres sarrasins furent brisés par ses audacieux assauts. Le chevalier est peut-être tombé, mais avec quel panache, quelle fantastique lutte il livra! 
    Le tragique aime à rejouer ses mythes les plus beaux, cette chanson de Roland fut épique! Si vous ne supportez pas le suspense et les sensations fortes, passez votre chemin! 
    Il était donc une fois, cinq braves menés par le chevalier Roland qui étaient partis bouter hors le royaume de l'esprit, les peurs et tout ce qui s'y apparente, espérant emplir leur yeux et leurs cœurs de toute la pureté offerte par nos montagnes. La bataille décisive allait s'engager et tous les oracles l'annonçaient... Pourtant, la météo était bonne, et la route, toute tracée sur nos cartes. Mais le destin, l'est peut-être aussi... 
    Le soleil se leva une fois encore ce matin là, sans doute cette fois encore pour assister au spectacle, toujours un peu différent de nos vies, et quel glorieux spectacle vit ce jour!
    Après avoir franchi deux cols (des Tentes et du Boucharo), gravi un premier mur de neige, nous trouvâmes prés du glacier des Gabiétous deux bâtons profondément enfoncés dans une neige fine et légère, alors qu'aucune trace ne les entourait, comme apparus là à notre intention. Alain venait juste de casser une rondelle, sans cette aide providentielle son aventure risquait de  s'achever... 
    Lorsque nous délivrâmes, Roland et moi les bâtons de la neige vierge, il nous fallut forcer, et j'eus l'impression d'extraire quelque Excalibur de son rocher. "Durandal" corrigea Christian, reconnaissant l'ancienne mais excellente facture des bâtons, comme dans un noir éclair de lucidité. Que nous dissipâmes en reprenant notre quête d'air pur. 
    L'ascension jusqu'au col ne posa pas de difficultés, rien en tout cas ne troubla le rieur sourire de Solène. Nous rallongeâmes le parcours en conquérant le pic oriental des Gabiétous, puis nous empruntâmes une voie plus directe, mais aussi plus périlleuse, dans la face ouest du Taillon. Alain Tailla nos marches, employant son piolet comme une hache. Nulle corde ne fut nécessaire, elle nous évoquait un peu trop le sinueux serpent, que toujours l'on combat. 
    Au sommet, nous rencontrâmes le perfide ennemi (symbolique). Djin. Un nom qu'ils donnent en orient aux mauvais esprits. Nous aurions dû nous méfier... Il portait un équipement exotique, que nous ne connaissions pas, et avait le regard fuyant (comme tous les méchants), sans doute nous cachait-t-il ses noirs dessins. Écoutant le récit d'exploits héroïques, que nous chantions en nous restaurant, ce malin nous lança un défi:
    "J'ai repéré la face est du Taillon en montant, elle est en condition, ça fait longtemps que je veux descendre par là, mais je n'ose pas y aller seul.  J'irai si vous m'y accompagnez"
Le destin est inébranlable, je croyais le tromper en acceptant la proposition de ce sarrasin moderne. En empruntant cet itinéraire inédit, nous ne passerions pas par la funeste brèche... 
    Roland releva le défi, et c'est en chevalier qu'il ouvrit la route que nous indiquait Djin. Mais celui-ci le trompa en l'envoyant dans un mauvais passage. La neige qui avait déjà transformé coulait en vagues qui se concentraient vers les goulots que formaient les barres rocheuses de la face pentue... 
    Sans perdre son sang froid, le chevalier s'accrocha de son mieux pour laisser couler la neige. Puis il remonta un peu et trouva un chemin moins dangereux. Djin et moi le suivîmes, non sans que je déclenche à mon tour une coulée qui, presque arrivée sur mes spatules faillit m'emporter si Roland ne m'avait pas hurlé de bouger...  
"Regarde derrière toi quand tu descends des pentes raides!" sera son ultime conseil... Il m'avait sauvé.
    Nous avions vaincu la pente et nous laissions glisser avec ce léger plaisir que l'on ressent après avoir bravé la mort, quand profitant de ce moment de liesse, le maure (seulement pour rester fidèle au texte) doubla puis assaillit Roland d'un 3/6 scélérat. Pris par surprise, le héros durement touché s'effondra, emportant dans sa chute son adversaire. 
    Toujours combatif, il mit en fuite l'assaillant de ses cris effrayants. J'arrivais pour l'assister, mais il ne pouvait plus skier... Nous fumes bientôt rejoints par nos autres camarades, tous veillant Roland,
sous la fausse brèche de Roland.
Nous priâmes pour de l'aide, et nos prières furent exaucées. Une céleste créature de métal vola à notre secours, et telle les Walkyries emportant les braves guerriers tombés au combat jusqu'au Walhalla, l'hélicoptère du PGHM, emporta Roland jusqu'à l’hôpital de Tarbes.

Épilogue: Djin qui nous avait quitté sans un mot, fut sans doute travaillé par le remords dans la longue descente toute en traversée qui lui restait à accomplir. Tant et si bien qu'il appela, lorsqu'il capta, aussi les secours et qu'il rendit visite à Roland (qui souffre d'un péroné ébréché) dans la soirée se rachetant auprès de lui.

Moralité: ne suivez pas Roland à la brèche et n'emmenez pas Achille au Taillon. 
A moins que vous ne soyez de ceux qui aiment braver le destin et les autres pentes raides!


PS: Bien des libertés furent prises pour vous conter ce récit. Les noms et personnages mentionnés sont (un peu) fictifs mais inspirent la réalité.
Merci le PGHM!

Des photos là: 

https://goo.gl/photos/yErAR3GPWQhUdSdF7

 

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