Carnet de route

Ariège terre courage!

Le 19/03/2017 par Eric Gerardin

Pour un montagnard ariégeois, il faut être allé au moins une fois dans sa vie au sommet du Valier : ce célèbre sommet du Couserans que l’on voit de la plaine. Romain, habitant à la limite de l’Ariège, donc commingeois, ne l’insultons pas ! , voulait combler ce manque et avait proposé de gravir le Valier par le couloir du Faustin.

Nous sommes 6 (Romain, Thomas, Gregory, Yannick, Eric et Clément) à vouloir profiter de ce weekend et nous partons assez tôt samedi matin dans le brouillard humide. Nous nous enfonçons dans les étroites et profondes vallées du Haut-Couserans. La route à une seule voie se transforme en piste et il faut se garer juste après les quelques maisons d’Estours qui ne voient pas beaucoup le soleil en hiver. Départ 675m d’altitude, il va falloir déniveler. Horaire indiqué sur le panneau : cabane d’Aula 3h30. Nous allons apprendre ce qu’est un horaire ariègeois : nous ne sommes pas dans le Parc National des Pyrénées où les indications sont plutôt commerciales pour les touristes (il faut souvent enlever 30 à 50% du temps), ici on se rapproche de la réalité et nous mettrons 3h30 en comptant l’arrêt pique-nique.

Nous pénétrons dans une forêt luxuriante où les mousses et lichens pendent des arbres, entrevoyant quelques cascades. Dans ce brouillard, on se croirait dans un lieu magique ou hanté du Moyen-âge. Finalement, nous ne voyons apparaître ni fée, ni druide, ni dragon et nous croiserons juste un couple de randonneurs.

Petit arrêt repas à la cabane de l’Artigue, le seul endroit où la vallée semble s’élargir, nous n’allons pas tarder à passer au-dessus des nuages.

Le sentier s’élève enfin mais il y encore 2 obstacles à franchir : 2 ruisseaux dont les passerelles sont enlevées l’hiver afin de ne pas être emportées. A l’aller, Eric faillit y tomber la tête la première et au retour, ce sera Romain qui se mouillera le c.. . Nous trouvons la neige juste à la sortie de la forêt et nous débouchons sur le plateau de la cabane. ça sent le renfermé et les crottes de souries jonchent le sol et les matelas. Au vu de la noirceur du plafond, le poêle ne donne  pas garantie pour un bon tirage. Il est tôt dans l’après-midi et certains vont repérer le départ de la course, d’autres prendront des photos tandis que certains se reposeront.

Finalement, il ne fait pas très chaud et alors que nous finissons le repas vers 19h, nous voyons débarquer 4 skieurs de rando. Je reconnais rapidement la tête rouquine de Julien Lacrampe et finalement Coralie que je n’ai jamais vue skier arrive en dernier. Ils arrivent de la vallée de Couflens, un peu dégoutés d’avoir porté les skis car une barrière coupait la route d’accès. Là aussi, des routes déneigées sont coupées pour limiter l’accès à la montagne hivernale. Ils sont aussi surpris que nous de voir un humain. D’ailleurs, ils n’avaient pas prévu de matelas. Ayant prévu des magrets, ils allument le poêle et comme supposé, le tirage est mauvais et la cabane est enfumée. Après aération et aussi après avoir discuté, nous leur laissons les matelas et nous montons nous allonger à l’étage.

Et en plus, deux d’entre eux se réveillent plus tôt que nous le lendemain. Nous quittons la cabane vers 5h et nous tentons de suivre les traces de la veille. Nous croisons la cordée amie dans la nuit qui fait demi-tour. Heureusement que nous avons chaussé les crampons, il y a eu du regel et surtout nous sommes dans du pur terrain ariègeois, c’est-à-dire des pentes raides où le gispet, la bruyère et les schistes prédominent. L’Ariège : le seul endroit dans les Pyrénées où lorsque tu quittes le sentier, tu dois chausser les crampons. Dans la nuit, nous ne voyons pas trop où nous allons malgré la lune et finalement, nous débouchons du premier coup sur des terrains enneigés qui mènent au couloir.

Grégory se sent alors des ailes et mène le groupe. Heureusement que nous l’avons bousculé au départ et qu’il n’a eu le temps de ne boire que la moitié de son café…

Nous franchissons la rimaye facilement par la gauche au lever du soleil et nous nous encordons en prévision des difficultés à venir.

La première cordée « des grands (et lourds)» Eric et Grégory arrive au pied du bloc coincé. J’attaque dans de la neige qui se raidit et se ramollit ; un piton à droite est difficilement accessible vu le faible enneigement mais protège le début du passage. La sortie est mixte et la plupart la franchiront comme ils peuvent avec les pieds d’un côté, les fesses en appui sur l’autre et les piolets cherchant le peu de neige encore présente. Seul Romain, le pro du dry-tooling fera une démonstration de facilité et d’équilibre. Le passage n’était pas facile et risque de l’être de moins en moins mais la protection était correcte et un relais est même en place à la sortie du passage.

Le reste du couloir a été gravi corde-tendue sous une chaleur estivale. Nous dégoulinons malgré l’heure matinale et un arrêt boisson et ravitaillement sera nécessaire. La pente est de moins en moins raide et nous débouchons à 8h40 environ au col Faustin. La seconde cordée des « boulards orange » arrivera 30 minutes plus tard, la cordée Yannick-Romain cherche son 3ème souffle et termine au courage.

Il est hors de question de ne pas aller au sommet et chacun monte à son rythme la pente finale.

Quelle récompense au sommet ! Le panorama est extraordinaire de Gavarnie au Carlit et même plus. Nous reconnaissons facilement à l’Ouest les cimes et notamment les trois plus hautes Aneto, Posets, Mont Perdu mais l’Est nous est plus inconnu.

Nous serions bien restés mais il ne faut pas trop s’attarder pour la descente. Retour au col Faustin puis remontée au petit Valier, nous atterrissons au col de  Peyre Blanc et nous nous enfonçons littéralement dans le vallon avec de la neige qui devient bien pourrie. Nous devons encore traverser tout ce cirque pour franchir une échine au pas de Clauère 300m et rejoindre la cabane.

La halte est bienvenue car nous sommes complètement desséchés et il faut refaire les batteries et les sacs avant d’entamer la longue descente vers la civilisation.

Ce n’est qu’à Seix où nous trouverons un bar, avec nos 4 skieurs de la veille pour fêter et savourer cette belle aventure collective.







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